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Rencontre avec P. Fahmé Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Oriane RONDEAU   
02-09-2008

Père Joseph Fahmé

 

Q :  Père Fahmé, tout le monde vous connaît à Saint Julien. Vous animez la chorale depuis de très nombreuses années. Pouvez-vous nous donner une rapide rétrospective de l’histoire de cette chorale  depuis votre arrivée à Paris ?

R : Tout le monde me connaît, c’est trop dire. Cependant c’est un peu vrai pour la bonne raison que je suis à Paris depuis plus d’un demi-siècle, soit de 1955 à 1958, pour des raisons d’études (Sociologie religieuse à l’Institut Catholique de Paris), et de 1965 à nos jours, au service de la paroisse, tout en étant successivement journaliste (Radio Monte-Carlo) et traducteur pour assurer ma subsistance jusqu’en 1986, année de ma retraite comme travailleur. D’ailleurs notre vénérable patriarche ne m’a-t-il pas dit « Tu fais partie des murs de Saint Julien »

À mon arrivée à Paris en 1955, la chorale était composée de quatre musiciens professionnels français, sous la houlette d’un bon vieillard russe nommé Xanvtchenko. Il faisait ce qu’il pouvait en matière de traduction byzantine grecque, et s’est effacé durant mon premier séjour avant de reprendre la direction de la chorale après mon départ en 1958.

La chorale actuelle a commencé à prendre naissance dès mon retour à Paris en 1965. Avec le temps, elle s’est vidée, malheureusement, des quatre chantres professionnels qui constituaient, pour ainsi dire, une locomotive permettant aux amateurs incultes en musique d’apprendre et de varier plus facilement des chants.

Je dois avouer que l’élément oriental est très peu représenté, ainsi que l’élément « homme ».

C’est avec cette chorale que j’ai enregistré deux CD : La messe pascale, puis l’Anthologie Mariale. Je viens d’éditer, grâce à des amis français, et spécialement François Tavernier, mon ancien élève en musique byzantine, devenu plus tard élève du célèbre et grand protopsalte grec Licourgos, un double CD  sous le vocable d’une anthologie réunissant des hymnes à la vierge, et des chants de la Semaine Sainte et de Pâques.

 

Q : Le chant liturgique byzantin est un composant essentiel de  la liturgie selon Saint-Jean-Chrysostome. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

R : Comme vous le dites, le chant liturgique est un élément essentiel dans la liturgie byzantine qui est un dialogue permanent entre le célébrant et l’assistance. Autrefois, une des conditions essentielles du promu au diaconat, était le chant mis en valeur par une belle voix et la connaissance de la musique. Et chose significative, les évêques étaient souvent choisis parmi les diacres. À signaler d’ailleurs que le prêtre célébrant disparaît presque lors d’une liturgie pontificale avec diacre.

Cela dit, un problème se pose quand le célébrant est mal loti en matière de musique. Car, personnellement, et probablement les autres aussi, il m’est difficile de me recueillir dans une atmosphère où la dissonance est reine.

 

Q : En effet, chacun s’accorde à dire que ce chant aide au recueillement et à la pleine participation de tout notre être à la liturgie.

R : J’y souscris de toutes mes forces, surtout que tout le monde s’accorde à dire que la musique est un langage universel. Si c’est vrai, et cela est vrai, le beau chant invite à s’élever dans les airs, à quitter les soucis quotidiens pour rejoindre les rêves les plus beaux et les plus chers. Pourquoi cela ne serait-il pas le cas lorsqu’il s’agit pour nous de nous envoler et de pénétrer le grand mystère de la rédemption qui s’opère mystiquement sur l’autel ?

On écoute un concert. On ne chante pas avec. On travaille avec un fond d’une musique douce qui nous détend et nous permet d’atteindre le but de notre course intellectuelle, sentimentale et artistique. Voilà ma première réponse et ma profonde conviction que confirme d’ailleurs la réaction identique et non concertée de bon nombre de français de tous bords, (je dis de français, et donc non-initié à la liturgie et aux chants orthodoxes, comme ils disent à tort) présents aux multiples récitals de musique byzantine que je donne un peu partout en France.

 

Q :  Tout le monde peut-il chanter ? Quelles sont les qualités requises ?

R : Tout le monde peut chanter, oui. Mais est-ce utile ou favorable à l’éviction de l’ennui chez les fidèles. Permettez-moi de vous dire, c’est mon opinion pas plus. Pour moi cela s’appelle amuser la galerie.

Enfin, revenons aux qualités requises. Elles sont difficiles à acquérir vu la complexité de la notation et la multiplicité des différentes inflexions vocales. Un ensemble de voix, bien formé, peut, à la rigueur exécuter le chant byzantin. Cependant, nous remarquons que très souvent la chorale chez les Grecs Orthodoxes comprend un soliste (protopsalte) que soutient un groupe de chantres dont la fonction est surtout de soutenir le soliste par m’ison (note fondamentale du mode) et d’achever, avec lui, les multiples phrases musicales d’un chant.

Comme pour toute musique, la technique est un premier pas nécessaire. Mais cela ne suffit pas pour le chant byzantin. En effet, c’est une musique qui exige au préalable l’écoute de chantres émérites. Et en cela, j’ai eu beaucoup de chance. Au grand séminaire de Jérusalem, il m’a été possible de me rendre les dimanches au Saint-Sépulcre et d’écouter, dans la chapelle des Grecs Orthodoxes, deux grands psaltes grecs, l’un d’Istanbul (plus proche e la tradition grecque) et l’autre d’Athènes (un peu touché par l’Occident). J’ai commencé par essayer de les imiter avant de m’envoler de mes propres ailes.

Enfin, dans l’un de mes sermons d’ailleurs j’ai dit à l’assistance : « Vous avez de la chance d’avoir des personnes qui se sacrifient pour vous aider à pénétrer le mystère de la rédemption. Car, en effet, chanter implique, en permanence, plusieurs efforts matériels qui ne sont pas favorables à la prière consciente. Laissez-vous donc emporter par la beauté et l’élévation des chants pour vous introduire dans le mystère de la Rédemption accompli mystiquement sur l’autel ». À ce propos, je rappelle que l’on m’a toujours affirmé que la concentration de l’esprit est d’autant plus intense et efficace que le nombre des sens y intervenants est moindre. C’est le cas au ciel : un seul sens, la vision directe.

 

Q : Recherchez-vous des chanteurs ? Quels types de chanteurs ?

R : Oui, j’en cherche, et spécialement des voix d’hommes, comme aussi des personnes ayant des notions musicales élémentaires au moins, ce qui me permettrait de varier plus facilement le répertoire. Malheureusement, les Orientaux sont plutôt rares dans la chorale.

 

Q : Vous venez de fêter votre anniversaire. Vous semblez toujours, et grâce à Dieu, animé d’une incroyable énergie. Est-ce le chant qui vous préserve ainsi ?

R : Je pense, ou plutôt je crois que c’est ce chant magnifique qui nourrit mon dynamisme. Je pense que le jour où j’arrêterai de louer le Seigneur par ce chant, ce sera le signe de son appel à le rejoindre dans sa maison éternelle.

 

Q :  D’où vous vient votre vocation ? J’image que les rues d’Alep devaient, à l’époque, rayonner de vos vocalises d’enfant.

R : En effet, j’adorais réunir mes copains pour leur chanter la messe, ou ce que j’en savais. Quant à la vocation, elle est chose inexplicable et un dédale difficile d’accès. Un jour, une question « Veux-tu devenir prêtre ? » sorti de la bouche d’un Père Blanc, venu à Alep pour recruter des vocations, et une réponse « Oui » sorti de la bouche d’un enfant que j’étais, à la grande joie de ses parents. Mais tout cela n’est pas la vocation. Ses méandres sont difficiles à cerner. Elle s’est précisée et concrétisée bien plus tard, après moult réflexion et prière, et l’avis précieux des présupposés à la formation des séminaristes engagés sur le chemin du sacerdoce.

 

Q : Vous avez composé l’office de l’Acathiste chanté les cinq premiers vendredi du saint Carême. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots l’histoire de cette composition.

R : L’histoire de sa composition est très succincte : l’amour de transmettre à la nouvelle génération, qu’on amuse aujourd’hui avec des cantiques aussi valables par leur musique et leurs paroles que ceux des anciens cantiques, les belles et profondes hymnes de la Vierge. Rien d’étonnant à cela, puisque j’ai vécu longtemps dans sa maison natale, Sainte Anne de Jérusalem. C’est pour cela que j’ai figé sur papier et en notations byzantine et occidentale, grâce au financement de mes amis, les chants de l’Acathiste, avec un souci très très important : conjuguer harmonieusement la musique byzantine avec la langue arabe, chose très souvent bafouée. C’est possible quoique pas toujours facile.

En outre, j’ai édité l’office de la Paraklisis dont la mélodie, orale et belle, est propre au diocèse d’Alep.  Malheureusement je suis le dernier à connaître cette tradition orale. C’est pourquoi j’ai tout fait pour la transmettre aux âmes de bonne volonté, amoureuses des belles choses qui favorisent la dévotion à la Vierge.

Dernière mise à jour : ( 02-09-2008 )
 
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