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Synode des Evêques (Cité du Vatican, Octobre 2008) "La Parole de Dieu" Intervention deSa Béatitudele Patriarche Gregorios III
La Parole de Dieu est le lieu privilégié de la rencontre et du dialogue entre les hommes, de sorte qu'elle devient vraiment une Parole pour moi et une Parole pour l'autre; elle m'invite à rencontrer Dieu et à rencontrer mon frère. Elle n'est donc pas destinée à devenir une parole de guerre, de violence, de terreur, de fondamentalisme, d'isolement, d'exclusion de l'autre, car elle embrasse et éclaire tout homme (cf. Jean 1, 9); elle est une Parole pour toutes les situations de l'homme, pour l'avenir de l'humanité, présente dans toutes les sphères de la vie humaine. Une Parole pour toutes les nations Le jour de la Pentecôte, les Apôtres s'adressèrent à la foule qui les entourait, pour annoncer la Parole de Dieu, en parlant une seule langue, probablement l'araméen. Cependant, bien que ceux qui étaient là fussent de différentes nations, de différents pays, parlant différentes langues, comme nous raconte Saint Luc, chacun entendit les Apôtres parler dans sa propre langue. Ainsi la Parole de Dieu est une, mais pour tous, atteignant tout un chacun dans sa propre civilisation, sa propre langue et sa propre culture. Le défi est celui-ci: comment faire en sorte que la Parole de Dieu soit comprise et comment la transmettre de façon qu'elle reste vraiment sa Parole, sans tricherie, ni confusion, ni altération, quand elle rencontre les mots, la compréhension, la façon de penser et la mentalité des êtres humains. Il faut élever leurs pensées et changer leur mentalité, de sorte que leurs mots soient vraiment en contact et en harmonie avec la Parole de Dieu. Ainsi peut se réaliser ce que Saint Paul disait: "Nous l'avons, nous, la pensée du Christ" (1 Corinthiens 2, 16). La Parole de Dieu s'adresse à nous tous. Mais elle a besoin d'une épiclèse, de sorte qu'elle puisse devenir la Parole pour les autres, pour la société et pour le monde. L'Esprit Saint change tout. L'épiclèse est vraiment le mystère de la Chrétienté. Ainsi, elle peut et doit être adaptée à toutes les conditions et circonstances de notre vie personnelle, familiale, professionnelle, sociale et intellectuelle, ainsi qu'à nos rapports avec d'autres personnes de notre religion ou d'autres confessions, au sujet de divers problèmes ou questions d'ordre moral ou socio-psychologique. La Parole de Dieu dans la tradition orientale Le chrétien oriental vit sa foi en premier lieu par le biais de la liturgie; or nos textes liturgiques, centrés sur l'Eucharistie ou orientés vers elle, ont un contenu essentiellement scripturaire et sont tissus de références bibliques. La table de la Parole de Dieu et la table de l'Eucharistie sont inséparables. Habituellement, dans nos Eglises, la Liturgie de la Parole et la Liturgie de l'Eucharistie font partie d'une seule et même célébration, car les textes scripturaires sont la préparation de l'Eucharistie et celle-ci est la réalisation de l'Ecriture Sainte dans le temps et dans l'éternité, c'est la Parole de Dieu devenue nourriture spirituelle des fidèles pour leur vie de tous les jours en préparation de la vie future. C'est là le rapport entre le présent Synode et celui qui l'a précédé. La Parole de Dieu est ainsi d'abord lue, puis méditée, prêchée et célébrée. Les hymnographes, généralement des moines, prenant des passages de l'Ecriture et des homélies des Pères, composèrent tout un corpus d'hymnes pour les fêtes du Seigneur et de la Vierge Marie, textes qui célèbrent les événements du salut, ou encore pour les fêtes des saints en faisant leur éloge. C'est ainsi que le "Canon de Noël" a été composé par Saint Jean Damascène à partir d'un sermon de Saint Grégoire de Nazianze. L'indication des sources scripturaires des textes liturgiques montre bien le rapport entre les prières des fidèles et la Parole de Dieu. Dans les rites de nos Eglises, d'autre part, l'Epître et l'Evangile doivent être chantés, et non pas seulement lus, car la musique est nécessaire pour l'harmonisation des mots, pour que la Parole de Dieu soit mieux comprise et que sa beauté soit méditée. D'ailleurs, les fidèles aiment beaucoup cette proclamation chantée de la Parole de Dieu. Il est intéressant de faire valoir la vénération de la Parole de Dieu dans l'Evangéliaire. Dans notre tradition liturgique byzantine, le premier geste du prêtre, lorsqu'il pénètre dans le sanctuaire, est de baiser l'Evangéliaire qui est toujours sur l'autel, et la table de l'autel même. Tous les dimanches, aux Matines (Orthros) qui précèdent la Divine Liturgie, après la lecture des onze textes de la Résurrection, les fidèles rencontrent le Christ ressuscité en baisant l'Evangile. Ensuite, dans le cadre de la Divine Liturgie elle-même, pendant le chant de l'hymne au "Fils unique et Verbe de Dieu", il y a la procession de l'Evangile, au cours de laquelle les fidèles se tournent vers le Livre de l'Evangile et accomplissent un geste d'amour et de vénération lorsqu'il passe près d'eux. La proclamation de l'Evangile, toujours chantée, est très solennelle. Pendant cette proclamation, des enfants et ceux qui souffrent ou sont malades viennent placer leur tête sous l'Evangéliaire pour demander la grâce dont ils ont besoin. L'Evangile est chanté dans son intégralité pendant les célébrations de la Semaine Sainte. L'Evangéliaire est présent dans toutes nos processions solennelles. Le Livre Saint, utilisé dans les célébrations liturgiques, est contenu dans une reliure très décorée, avec d'un côté la croix et de l'autre une icône de la Résurrection entourée par les quatre Evangélistes. Le jour de Pâques, les fidèles vénèrent le Livre de l'Evangile et l'icône de la Résurrection, puis s'embrassent les uns les autres, car la Parole de Dieu est Parole de réconciliation. A la fin de la célébration du Sacrement des Malades ou de l'Huile des Pénitents (Jeudi Saint), le célébrant impose le Livre de l'Evangile ouvert sur la tête de ceux qui viennent de recevoir l'onction de l'Huile Sainte, en disant: "Seigneur, étends Toi-même ta forte et puissante main à travers ce saint Evangile que mes concélébrants tiennent sur la tête de tes serviteurs". Pour la partie centrale du rite de l'ordination épiscopale, la rubrique de l’Arkhihieratikon (Pontifical) byzantin indique que "le premier hiérarque pose son omophorion sur la tête de l'élu, puis prend le vénérable Evangile, l'ouvre et l'appuie à l'envers sur la tête et le cou de l'élu". La deuxième prière consécratoire demande notamment à Dieu de fortifier "cet élu, jugé digne de porter le joug de l'Evangile", tandis que la troisième souhaite qu'il "mérite la grande récompense" préparée par le Seigneur "pour ceux qui ont œuvré à la diffusion de (son) Evangile". Dans le travail pastoral, il est important de relever les aspects suivants: 1) Nous devons insister sur l'importance d'incarner la Parole de Dieu, de sorte que celle-ci devienne proche des fidèles, belle, attrayante, lumineuse et aimable. 2) Nous découvrons ici le rôle capital du prêtre comme père spirituel et directeur de conscience pour les fidèles, mais aussi et en même temps compagnon, frère et ami, capable de prendre les fidèles par la main pour , les mener vers le paradis de la Parole de Dieu. 3) Le rapport entre la Parole de Dieu et la catéchèse dépend de la qualité de la préparation des catéchistes, formation qui, sur le plan biblique, laisse parfois à désirer. 4) Mémoriser la Parole de Dieu: bien que ce ne soit pas à la mode, il est bon d’apprendre par cœur des versets de la Sainte Ecriture, notamment de l’Evangile. Nous devrions prêter attention à l’exemple de nos frères musulmans, qui ont la coutume d'apprendre le Coran par cœur, le citent fréquemment dans leur conversation et transcrivent plusieurs de ses versets en une belle calligraphie sur les murs de leurs maisons et de leurs lieux de travail. Nos frères protestants sont également un exemple sur le plan de la connaissance de l'Ecriture Sainte. La Parole de Dieu et le dialogue avec les musulmans II n'y a pas de monopole sur la Parole de Dieu. Elle est aussi bien de l'autre que mienne. Le monde musulman a peur de notre prédication, mais il ne cesse de prêcher l'Islam. Cela n'est pas raisonnable. Aussi demandons-nous à nos concitoyens musulmans de reconnaître notre droit à porter la Bonne Nouvelle aux autres, avec amour et avec respect pour leur foi, mais nous ne leur demandons pas d'embrasser notre foi. Il nous suffit que les autres puissent la découvrir et en venir à l'estimer et la respecter. La conversion, elle, est l'œuvre de Dieu. "N'essayons pas de convertir un ami, quelqu'un que nous aimons; Dieu convertit qui II veut" (Coran: Sourate "Al-Kasas", verset 55). J'aimerais que nous puissions partager la Parole de Dieu, qui nous unit et nous réunit, renforçant notre foi. N'ayons pas peur d'aimer la Parole de Dieu chez nos frères et nos sœurs. N'ayons pas peur des versets du Coran, et que nos frères musulmans n'aient pas peur de l'Evangile ou de là Torah. Il y a là la Parole de Dieu pour nous tous, chacun selon sa propre vocation. J'aimerais dire à nos frères musulmans qu'ils n'aient pas peur de notre foi. Ayons plutôt peur, tous, d'utiliser des mots de vengeance, de critique, d'orgueil et de dédain. La Parole de Dieu ne méprise personne. Elle n'est pas fière, elle ne fanfaronne pas et ne se rengorge pas. Elle ne porte pas à un mauvais comportement ni n'aime les représailles. Elle ne se réjouit pas du mal, mais aime le bien. Elle met sa joie dans l'amour et croit tout (cf. 1 Corinthiens 13). Il serait bon que soit organisé un "Forum de la Parole de Dieu", dans le cadre duquel chrétiens et musulmans pourraient se rencontrer et discuter et méditer ensemble la Parole de Dieu. Notre zèle pour la Parole de Dieu devrait être pour nous un moyen de sanctification et d'approfondissement de notre foi. Nous ne devons pas permettre que ce zèle devienne une arme pour exploiter autrui, pour juger, persécuter et contraindre les autres à embrasser notre foi. Nous ne devons pas permettre non plus que la Parole de Dieu devienne une cause de conflits, de disputes et d'affrontements entre nos fidèles et ceux qui ont d'autres convictions religieuses. La Parole de Dieu devrait encore moins être un instrument du terrorisme, ou le prétexte d'un groupe pour revendiquer une supériorité sur d'autres. La Parole de Dieu - et non pas nous-mêmes - est le seul vrai juge entre nous et ceux qui ne partagent pas notre foi. |